Eloge du pissenlit

Eloge du pissenlit

Si la voie agriculturelle, fondée sur une agriculture écologique, paysanne et citoyenne s’étend à travers d’innombrables initiatives aujourd’hui, elle est sans cesse contrebalancée et contrecarrée par la relance permanente des grands projets de modernisation agricole rêvant de biotechnologie, de tracteurs High Tech, d’économie d’échelle et de compétitivité. Ce conflit s’observe partout et ne cesse de nous bloquer, dans les médias qui célèbrent le producteur bio tout en vantant les derniers gadgets du salon de l’agriculture, comme dans nos activités les plus ordinaires. Construire une autre culture de l’agriculture implique de se réapproprier la connaissance du monde et la maîtrise de nos milieux de vie, de sortir des injonctions contradictoires qui sclérosent en permanence nos vies. Comment changer nos imaginaires pour rendre possible un changement de notre emprise matérielle sur le monde ? Vaste question, qu’un petit détour par nos jardins peut peut-être aider à éclairer. Existe-t-il une chose plus étrange et plus symptomatique de nos contradictions actuelles que ces pelouses de gazon bien vertes et bien taillées qui prolifèrent chaque printemps, d’où les pissenlits et autres herbes considérées comme mauvaises sont éliminées ? Techniquement, une pelouse désigne une surface d’herbes de faible hauteur, il en existe toutes sortes : elles peuvent être sèches dans les zones calcaires, dunaires près de la mer, d’altitude en montagne. Elles dépendent des climats, des types de sols, du pastoralisme et des activités agricoles, et elles accueillent une riche biodiversité. Mais depuis un siècle, ces pelouses reculent massivement sous l’effet de l’urbanisation, de l’agriculture intensive, du surpâturage ou, à l’inverse, des déprises agricoles. Il est en revanche un autre type de pelouse qui ne connaît pas...
La voie agri-culturelle

La voie agri-culturelle

L’émergence d’une agriculture écologique, paysanne et citoyenne a eu lieu. Notre utopie n’est plus un rêve, elle s’est transformée pour devenir concrète, incarnée, diverse comme en témoignent ces multiples initiatives collectives locales qui, sur tous nos territoires, allient renouveau paysan et démarche citoyenne. Pour que ces initiatives deviennent significatives, sortent de leurs « niches » nous dit-on, nous sommes maintenant incités de toute part à changer d’échelle. Mais raisonner ainsi, c’est avouer son impuissance à comprendre le niveau rhizomatique de ces démarches. Les changements technique, organisationnel, agronomique, économique qui s’expérimentent à ce niveau-là ne seraient que vaines tentatives s’ils ne s’accompagnaient pas de la construction lente et progressive d’une autre culture de l’agriculture et de l’alimentation. Ce qui s’ouvre avec ces utopies concrètes, c’est la voie agri-culturelle. Alors il n’est plus question de changement d’échelle mais de ré-appropriation par tous les citoyens de la question alimentaire et agricole qui ne forme qu’une seule et même problématique. L’enjeu est celui de renforcer l’alliance vertueuse entre paysans et citoyens dans la conviction que l’on ne peut sortir du productivisme sans sortir du consumérisme. Précisément parce que la culture du productivisme est celle de la consommation (avec un principe de base « produire toujours plus pour consommer toujours plus »). Ainsi changer de mode de production ne suffit pas, c’est tout un imaginaire qu’il nous faut ré-inventer, ce sont des mots qu’il faut bannir (exploitation, consommateur, …) et d’autres qu’il faut se ré-approprier (paysan, coopération, progrès…), ce sont des murs à faire tomber pour sortir l’agriculture de son corporatisme et des ponts à reconstruire pour reconnecter celle-ci à l’alimentation et au territoire. La voie agri-culturelle appelle...