Lettre d’information n°7 de RISOMES – Décembre 2016

Lettre d’information n°7 de RISOMES – Décembre 2016

EDITO « Pépinière buissonnante d’initiatives pour une transition écologique et sociale« , tels fuent les mots que nous avions choisis pour décrire le projet de RISOMES à son lancement. Au cours de ces 10 mois de fonctionnement pour l’association, ces mots ont progressivement pris corps et sens : dans le partage d’idées, de réflexions et de savoirs ; dans l’action collective concrète ; dans la mise une place d’une organisation où l’objectif est que chacun-e puisse trouver sa place. Mais si l’envie de faire ensemble et l’enthousiasme de se retrouver pour faire avancer ses idées sont bien au rendez-vous, ne perdons pas de vue que les projets lancés par les différents groupes sont de véritables montagnes à gravir ! Lancer un projet d’épicerie bio, locale, participative, … là où le feu d’une culture de la consommation insoutenable ne cesse d’être entretenu par les mastodontes de la grande distribution. Lancer un projet de café associatif reposant entièrement sur l’engagement bénévole là où la société de l’accélération dans laquelle nous sommes embarqués laisse si peu de temps et de considération pour l’oeuvre non lucrative ou non directement « productive ». Lancer des actions d’échanges non-marchands précisement à l’époque où tout est marchandisé, y compris ce qui devrait être des biens communs. Lancer un projet d’université populaire en milieu rural alors que reigne le culte des experts et que la légitimité des savoirs de l’expérience, des savoirs co-construits dans l’action, est constamment remise en cause. « Qui veut gravir une montagne commence par le bas« , un beau proverbe qui illustre bien la démarche de RISOMES : avancer ensemble tranquillement, franchir des étapes, parier sur l’intelligence collective, tolérer...
[RISOMES] Des nouvelles du groupe « Epicerie »

[RISOMES] Des nouvelles du groupe « Epicerie »

Synthèse de l’avancement du groupe épicerie de RISOMES 6 mois après le lancement du projet Le groupe épicerie, actuellement composé d’une dizaine de personnes, se sera réuni 6 fois jusqu’à fin 2016. A chaque fois, un compte-rendu a été fait afin que les absent-e-s et les 18 personnes inscrites sur la liste de discussion aient le même niveau d’informations pour suivre les avancées du projet. Il y a eu beaucoup de réflexions sur la forme de l’épicerie que nous souhaiterions mettre en place. Ce qui est décidé, est la mise en place d’une épicerie couplée à un magasin de producteurs et dans le meilleur scénario accompagné d’un atelier de transformation. Cet atelier pourra être co-construit avec des porteurs de projets du GFA citoyen Champs Libres. La forme juridique n’est pas encore fixée. A l’heure actuelle, une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) semble être la forme la plus adaptée au projet (une telle société permet de créer différents collèges : producteurs, associés usagers, personnes morales, associés salariés, …). Nous avons eu plusieurs propositions de locaux sur Pont de Pany et Fleurey-sur-Ouche, que nous devons étudier et visiter. Et nous attendons également plusieurs offres pour acheter du matériel d’occasion afin de réduire les coûts d’installation (étagères, distributeurs de vrac,…). Nous sommes convaincus de l’utilité sociale et écologique d’un tel projet. Une étude de marché a été initiée afin de vérifier sa viabilité économique. Beaucoup de contacts avec d’autres épiceries ont été pris afin de partager leurs expériences de connaître leur liste de fournisseurs, sans oublier de créer des partenariats chaque fois que ce sera possible. Enfin, nous sommes suivis par le pôle d’économie solidaire (prochaine rencontre en janvier) qui...
Du système aux rhizomes …

Du système aux rhizomes …

S’exprime souvent le besoin, dans les milieux scientifiques comme dans les milieux militants, de sortir d’une pensée mécaniste-réductionniste pour s’engager résolument vers une pensée systémique et/ou intégrative. Si je comprend l’intention et perçois le malaise qui sous-entend un tel appel – le malaise de constater l’hégémonie d’une pensée trop petite pour embrasser la beauté du monde – je n’en reste pas moins sceptique tant les concepts de système et d’intégration sont ambiguës. Lorsque l’on revendique une pensée systémique ou intégrative, que fait- on? Est-ce notre raisonnement, notre «style de pensée» qui est systémique ou intégratif ? Alors nous nous situons au niveau épistémologique. Ou est-ce le calque d’un monde que l’on croit (veut) être organisé en système et intégré ? Alors nous nous situons au niveau ontologique. Calquer un style de pensée (une épistémologie) sur une certaine représentation du monde (une ontologie) est, me semble-t-il, un manque de prudence méthodologique. Croire que nos pensées (nos connaissances, nos savoirs, nos constructions théoriques, …) peuvent refléter le monde (le Réel) relève d’un optimisme positiviste que les systémistes partagent avec les réductionnistes. L’écosophie ou la jonction conceptuelle pour penser le vivant-et-son-milieu Pour sortir des apories d’une pensée-système qui enferme, réduit et totalise, une pensée-système qui calque (force) un schéma théorique (le système, avec ses input, ses output, ses boucles de rétro-action, …) sur des pratiques, nous nous sommes tournés vers une autre tentative pour penser le monde qui fut celle de Felix Guattari, compagnon de route de Gilles Deleuze, avec son concept d’écosophie (développé notamment dans un livre parue en 1989, « Les trois écologies »). Avec l’écosophie, nous passons d’une vision...
Eloge du pissenlit

Eloge du pissenlit

Si la voie agriculturelle, fondée sur une agriculture écologique, paysanne et citoyenne s’étend à travers d’innombrables initiatives aujourd’hui, elle est sans cesse contrebalancée et contrecarrée par la relance permanente des grands projets de modernisation agricole rêvant de biotechnologie, de tracteurs High Tech, d’économie d’échelle et de compétitivité. Ce conflit s’observe partout et ne cesse de nous bloquer, dans les médias qui célèbrent le producteur bio tout en vantant les derniers gadgets du salon de l’agriculture, comme dans nos activités les plus ordinaires. Construire une autre culture de l’agriculture implique de se réapproprier la connaissance du monde et la maîtrise de nos milieux de vie, de sortir des injonctions contradictoires qui sclérosent en permanence nos vies. Comment changer nos imaginaires pour rendre possible un changement de notre emprise matérielle sur le monde ? Vaste question, qu’un petit détour par nos jardins peut peut-être aider à éclairer. Existe-t-il une chose plus étrange et plus symptomatique de nos contradictions actuelles que ces pelouses de gazon bien vertes et bien taillées qui prolifèrent chaque printemps, d’où les pissenlits et autres herbes considérées comme mauvaises sont éliminées ? Techniquement, une pelouse désigne une surface d’herbes de faible hauteur, il en existe toutes sortes : elles peuvent être sèches dans les zones calcaires, dunaires près de la mer, d’altitude en montagne. Elles dépendent des climats, des types de sols, du pastoralisme et des activités agricoles, et elles accueillent une riche biodiversité. Mais depuis un siècle, ces pelouses reculent massivement sous l’effet de l’urbanisation, de l’agriculture intensive, du surpâturage ou, à l’inverse, des déprises agricoles. Il est en revanche un autre type de pelouse qui ne connaît pas...
La voie agri-culturelle

La voie agri-culturelle

L’émergence d’une agriculture écologique, paysanne et citoyenne a eu lieu. Notre utopie n’est plus un rêve, elle s’est transformée pour devenir concrète, incarnée, diverse comme en témoignent ces multiples initiatives collectives locales qui, sur tous nos territoires, allient renouveau paysan et démarche citoyenne. Pour que ces initiatives deviennent significatives, sortent de leurs « niches » nous dit-on, nous sommes maintenant incités de toute part à changer d’échelle. Mais raisonner ainsi, c’est avouer son impuissance à comprendre le niveau rhizomatique de ces démarches. Les changements technique, organisationnel, agronomique, économique qui s’expérimentent à ce niveau-là ne seraient que vaines tentatives s’ils ne s’accompagnaient pas de la construction lente et progressive d’une autre culture de l’agriculture et de l’alimentation. Ce qui s’ouvre avec ces utopies concrètes, c’est la voie agri-culturelle. Alors il n’est plus question de changement d’échelle mais de ré-appropriation par tous les citoyens de la question alimentaire et agricole qui ne forme qu’une seule et même problématique. L’enjeu est celui de renforcer l’alliance vertueuse entre paysans et citoyens dans la conviction que l’on ne peut sortir du productivisme sans sortir du consumérisme. Précisément parce que la culture du productivisme est celle de la consommation (avec un principe de base « produire toujours plus pour consommer toujours plus »). Ainsi changer de mode de production ne suffit pas, c’est tout un imaginaire qu’il nous faut ré-inventer, ce sont des mots qu’il faut bannir (exploitation, consommateur, …) et d’autres qu’il faut se ré-approprier (paysan, coopération, progrès…), ce sont des murs à faire tomber pour sortir l’agriculture de son corporatisme et des ponts à reconstruire pour reconnecter celle-ci à l’alimentation et au territoire. La voie agri-culturelle appelle...